Se réjouir du retour

Dans certaines situations de la vie, il nous est difficile de ne point nous inquiéter. Les parents qui ont pour habitude de s’occuper de leurs enfants, une fois qu’ils sont devenus grand et qu’ils prennent un peu de distance, s’inquiètent et se font des soucis pour eux.

Moi-même, avec ma défunte mère, j’ai eu à la rassurer et lui dire de ne pas s’inquiéter. Tout grand comme j’étais, ayant déjà vécu hors de la maison pendant plus de trois années, quand je rentrais tard, je la retrouvais à attendre mon retour pour s’endormir.

On ne peut comprendre cette inquiétude maternelle que si l’on se projette en eux ou si l’on est soit même parent.

Mais peut-on rester insensible à un départ non souhaité ?

J’ai été poussé à revoir l’histoire du fils Prodigue du livre de Luc 15.

De tout ce récit, on porte un regard le plus souvent sur le fils qui s’en est allée, qui a vécu dans la débauche et finit par connaitre l’indigence, mais pratiquement jamais sur les parents.

Dans ce récit, il n’est point fait mention de la position de la mère, ni même de celle du père en l’absence du fils. À aucun moment, il n’est dit que le père et la mère s’inquiétaient du devenir de l’enfant ayant quitté le domicile familial. Il n’est pas dit non plus qu’ils se sont opposé à son départ, ni même qu’ils étaient partis à sa recherche.

Est-ce une attitude normale pour un parent ?

L’histoire ne relate pas particulièrement quelles étaient leurs attitudes durant cette longue absence du fils. Même l’autre fils, il n’en est fait récit qu’à la fin du chapitre.

On pourrait être amené à se dire que ce sont des parents qui ont fait une croix sur leur fils et qui l’ont délaissé, soit par acceptation de son choix, soit en le laissant faire son expérience de vie et assumer la responsabilité de sa volonté d’indépendance.

Comment, les parents que nous sommes, réagissons dans des situations analogues ?

Beaucoup d’entre nous aurions veillé à ce que rien n’arrive à notre enfant, mais visiblement, de ces parents, rien de tout cela. La vie continuait visiblement comme si leur quotidien n’en était point impacté.

 Je me suis donc interrogé afin de comprendre ce que l’on devait tirer comme enseignement de ce récit.

C’est la fin de ce chapitre qui me donna le fin mot de l’histoire. Il est dit : 

Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère, que voilà, était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! Luc 15.32

Ces paroles de la bouche du père sont pour moi terrible. Il considérait la séparation avec son fils comme celle d’un parent qui a vécu la mort de son enfant. 

En effet, on peut s’inquiéter du vivant d’un enfant, mais quand il n’est plus, on ne peut avoir d’inquiétude.

On pourrait rester sur cette pensée triste de la perte d’un être cher, mais la fin de l’histoire est plutôt axée sur la réjouissance et la fête.

Aurions-nous cette même vision que le père que de vouloir se réjouir ?

Nous avons malheureusement trop souvent l’attitude de l’autre fils que de souhaiter se comparer, de reprocher et ne pas profiter de la joie de retrouver notre frère, notre sœur, qui était perdu et qui est de retour à la maison.

Renonçons donc aux critiques, aux reproches et réjouissons-nous du retour à la maison.

Si le Messie a utilisé cette parabole, c’est pour que nous puissions voir en celle-ci, de manière cachée, l’attitude de Notre Père Céleste. Quand nous nous éloignons pour faire comme nous voulons, profiter de notre jeunesse, de notre vie, de nos désirs et notre indépendance, Lui n’attend rien d’autre que notre retour à la maison, non pas pour nous faire des reproches, mais pour que nous puissions fêter ensemble, le nouveau départ, la nouvelle vie, la résurrection de l’enfant prodigue et la mort à l’ancienne vie.

Et nous, qui voyons ce retour, continuons de profiter de nos bénédictions, de notre héritage conservé, sans porter la critique sur celui qui renait et qui revit.

Luc 15.32